En ce moment et jusqu'au 8 juin 2008, sont exposés à la MEP (5 rue de Fourcy 75001 Paris, métro Saint Paul) : Valérie Belin et Georges Rousse.
Ces deux expositions montrent les principaux travaux ou bien les travaux les plus récents de ces deux artistes contemporains. C'est alors l'occasion de découvrir deux artistes qui se servent de la photographie avec brio. Chacun a su utiliser la technique photographique pour traiter de l'illusion.

GEORGES ROUSSE

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    Ce peintre concilie dans son travail la peinture (et surtout les anamorphoses) et la photographie en tant que trace. Celle-ci enregistre le résultat de son travail qui pourrait être qualifié de performance. En effet, Georges Rousse crée des anamorphoses très réfléchies et précises au sein de lieux abandonnés, désaffectés. Pour ainsi dire, il s'approprie les lieux, peint le sol, les murs, les meubles...dans le but de faire apparaître, à partir d'un seul point de vue, des formes, la plupart du temps monochromes, qui lévitent dans l'espace, flottent. Au premier abord devant les très grands tirages de ses photographies on pourrait croire être devant des montages photoshop basiques, et par conséquent croire à une imposture. Mais lorsque l'on se rapproche et que l'on observe les détails on comprend alors tout le subterfuge! Les formes sont peintes, et parfois même la forme s'étale sur plusieurs plans sans que l'on s'en aperçoivent. L'illusion est parfaite. Seul les petits détails permettent de comprendre que c'est grâce à des calculs précis, à une flopée d'assistants, et une certaine quantité de pinceau, que cette vue de l'espace (vidé, abandonné par les humains) a pris naissance.

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    L'effet obtenu est très graphique, et surtout déroutant. Regarder les photographies de Georges Rousse prend une allure de jeu. Le but étant de recréer l'espace original. C'est alors que l'on comprend toute la dimension de l'appropriation du lieu car Georges Rousse modifie les lignes, crée l'illusion, joue avec les plans, les couleurs,... La forme et sa couleur est toujours soit en accord avec l'aspect du lieu investit, soit opère un véritable contraste, comme si dessus. Les anamorphoses deviennent de plus en plus compliquées, sophistiquées, comme dans la vitrine de la MEP, où sont exposées des photographies d'espaces recouverts de cartes topographiques. C'est alors une vraie prouesse, chaque petits traits est étudiés pour créer l'illusion. Georges Rousse voyage à travers le monde pour trouver ces lieux particuliers qui le fascinent, les usines désaffectées, les établissements abandonnés, désertés où l'homme est passé et qui maintenant sont destinés à la destruction et par conséquent à l'oubli. Les oeuvres de Georges Rousse sont alors éphémères et seule la photographie permet d'en garder une trace, elle fait mémoire à la fois pour le lieu mais aussi pour l'oeuvre.  En plus de l'exposition de ces travaux récents, la MEP nous offre une rétrospective de l'oeuvre de Georges Rousse dans la salle de projection qui nous permet d'avoir un aperçu relativement complet de son oeuvre. Petite déception, malgré la présence d'un "making off" montrant la mise en place des oeuvres, l'envie nous prend de voir l'anamorphose achevée en vraie, de pouvoir se balader dans le lieu et trouver LE point de vue. Mais comme on dit c'est le jeu, et c'est la règle dans l'illusion!



VALERIE BELIN


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    La deuxième exposition de la Maison Européenne de la Photographie est celle de Valérie Belin. J'ai trouvé que le thème de ses photographies se rapprochait quelque part de celles de Georges Rousse. En effet, elles traitent de l'illusion, d'une façon différente certes, mais aussi captivante. Valérie Belin effectue des natures mortes mais aussi des portraits avec la même rigueur photographique. Toutes les photographies présentes dans l'exposition sont nettes, l'éclairage et le cadrage y sont calculés jusqu'au plus petit détail. Rien n'est négligé! Cela montre par conséquent que Valérie Belin n'opère pas de différence, de hiérarchie entre le genre du portrait et de la nature morte. A travers ses images, l'objet est placé au même rang que l'humain, ou l'inverse. La plupart des photographies sont réalisées selon le même mode opératoire. Le sujet est photographié de manière frontale, sur fond blanc. Généralement l'image obtenue est en noir et blanc, le rendu est très plastique, et s'apparentent parfois aux poivrons d' Edward Weston notamment dans la série des Bodybuilders et dans celle des Moteurs. Les muscles enduis et les tubes chromés des moteurs rendent la même plasticité, les formes sont magnifiées. Mais alors que les moteurs deviennent organiques, les bodybuilders eux se transforment en statuettes et perdent presque tout semblant d'humanité.

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    Les photographies les plus troublantes de Valérie Belin sont ses portraits. Elle adopte un style documentaire. Celui-ci se traduit en vues frontales, cadrages serrés, utilisation du noir et blanc objectif (mais, il faut l'avouer, quelque peu magnifiant), cette manière de construire l'image s'apparente beaucoup à celle d'August Sander dans les années 1930 ou des Becher dans les années 1960. Mais malgré ce caractère neutre, l'effet produit est ambigu. L'objectivité laisse place à un parti pris sur l'image du corps. Alors que dans la série des Métisses les femmes se transforment en mannequins, dans la série des Mannequins, c'est l'inverse qui se produit. Ces femmes en matière plastique se retrouvent dotées d'une émotion, d'une âme. Valérie Belin joue sur la basculement entre objet et humain, l'image du corps déshumanisé et l'image de l'objet magnifié. De plus, le grand format des photographies appelle à la contemplation. Le caractère hypnotique des images et la taille raisonnable de l'exposition nous fait passer un bon moment, sans contrainte et instructif.

 

Fanny