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                                             L’Art, expériences.

                                                                A la Maison des Arts de Créteil.

                                                          

En sortant de cette exposition, les impressions sont diverses. Tout d’abord, on n’a pas réellement le sentiment de sortir d’une galerie d’Art. On a expérimenté, on a joué, on a participé. Les différentes œuvres présentées ne s’offrent pas à notre regard comme dans les salles d’un musée aux murs neutre qui invitent au silence et au solennel. Le public est varié, de tout âge tous horizons sociaux.
(Pour cet article, je ne mettrais aucune photo. Une experience comme celle ci se vit ou en tout se visualise en vidéo. J'ai donc placer un lien pour le site de la MAC à la fin de l'article.)

L’interaction avec  le public est donc ininterrompue. A chaque production présentée un médiateur est là pour expliquer au public son principe et son fonctionnement. On est tout de suite immergé dans une ambiance sonore expérimentale. Des « machines à créer du son » sont exposées à l’entrée et nombreux sont ceux  qui veulent l’expérimenter. La première permet, en produisant des différents sons, de jouer avec des lumières colorées sur des volumes blancs.  La seconde est plus complexe et davantage de personnes peuvent participer. Il s’agit de placer différents palets sur un écran tactiles, et suivant leur fonction et le son que chacun produit, il est possible alors de composer à plusieurs. Une nouvelle génération d’instruments s’offre à nous. Avec ces productions, nous sommes en plein cœur du thème de l’exposition d’EXIT : Les nouvelles technologies au service de l’Art.

Tandis que l’interaction sonore invite à une participation ludique de chacun, à la création, l’interaction visuelle offre au spectateur une découverte individuelle. Les artistes ont alors choisit de créer une intimité avec leurs œuvres. Plus nous avançons  dans l’exposition, plus l’intimité avec le spectateur est recherchée. Avec le Khronos Projector de Alvaro Cassinelli,  nous sommes invités à la contemplation. Alors que nos mains s’appuient sur l’écran en lycra, l’image projetée semble subir des distorsions temporelles. Du bout du doigt, j’ai fait tomber la nuit sur la ville de Tokyo, les lumières des immeubles suivant mon trajet, la foule se précipitant sur ma main comme aspiré par mon seul mouvement.  Le spectacle est fascinant, infantilisant.  D’autres interactions à l’image sont possibles. Avec Scripted Emotions, Kurt D’Haeseleer qui joue précisément avec nos émotions. Dans l’intimité d’une longue vue , nous épions la vie d’un paysage urbain nocturne. Je me suis baladé de gauche à droite, plus près, plus loin… et chacun de mes allers et retours suscite un évènement, une modification dans le déroulement des choses juste sous mes yeux.  Des gens apparaissent, disparaissent. Je me fais surprendre par leur subite présence et je me surprends à chercher ceux qui ne sont plus là. L’illusion est totale. Celle de l’image mais aussi celle de la situation. Je me crois seul derrière ma longue vue pourtant située dans la salle d’entrée du musée.

Jusqu’ici, tout va bien. Je me laisse surprendre par les œuvres mais malgré tout c’est moi qui décide de tourner la longue vue, de placer tel ou tel palais sur l’écran tactile. Désormais, l’exposition prend un autre tournant. Ce sont maintenant les œuvres qui prennent le contrôle.

Tout d’abord, une œuvre surprenante mais drôle avec Pierrick Sorin. Pour les connaisseurs de l’artiste, la surprise est quelque peu gâchée mais le principe reste amusant et le procédé intéressant. L’œuvre attire le spectateur de diverses façons. Vous pouvez d’abord penser avoir été amusé, surprit et puis vous pensez en avoir fini. Mais la ruse est encore plus complexe. Lorsque vous n’êtes pas encore allé expérimenter l’œuvre et que vous comprenez lentement que le visage silencieux, le regard se baladant sur on ne sait quoi, et finalement amusé, projeté sur grand écran est celui de l’homme que vous venez de croiser. Alors  l’œuvre vous a déjà piègé. La curiosité nous dévore : Qu’est ce qu’il ont vu ? Isolée dans une cabine face à un écran qui me projette moi d’un point de vue latéral, j’observe avec amusement et surprise l’artiste lui-même qui s’affaire à brûler le fauteuil sur lequel je repose. On se prend au jeu sans aucun complexe et les visages ne sont en rien dégradés. Au contraire, ce sont ces visages qui deviennent à eux seuls une Œuvre.

Les dernières œuvres sont plus déstabilisantes. Nous ne sommes plus alors vraiment dans le jeu mais plutôt dans l’expérimentation des œuvres mais aussi de nos capacités, nos possibilités sensorielles. « Equalize Me » nous fait pénétrer dans l’intimité d’une petite pièce sombre, isolé du bruit et de la foule. Une forte lumière est projetée et on se fait surprendre par la présence d’autres spectateurs, trompé par l’aveuglement.  Nous avançons alors dans un espace étrange. Je suis cernée par deux sources de lumières aux deux issues de la salle. Mes mouvements modifient la trajectoire de chacune des ondes de lumière projetées. Je suis au centre de la pièce mais où que je pose mon regard, je vois la même chose. Une source de lumière qui m’aveugle. Les repères sont perdus. Plus je cherche, moins je trouve. Je ne sais plus où je suis. Je ne suis plus d’ailleurs dans un espace logique. 

Je retrouve quand même la sortie et me dirige vers la Camera Lucida, la plus étonnante des expériences d’EXIT. Dans une obscurité totale, en petit comité, seuls avec l’artiste, une étonnante vision s’offre à nous.
Des lumières comme animées par un besoin de mouvement  incontrôlable, apparaissent , disparaissent, se dispersent, se regroupent dans le cadre invisible d’une sphère. La contemplation nous aspire. Nous sommes simplement la nous croyant seuls, fascinés devant un tel spectacle. Une vibration sonore semble provoquer l’agitation de ces petites sources de lumière, remuantes comme des lucioles. Retombée en enfance, je suis tentée de toucher, rentrer en contact avec une matière aussi vivante.  Mais toute cette agitation, si présente pourtant, semble d’une fragilité étonnante. La contemplation reste alors le seul comportement à adopter. Il faut savourer, observer le phénomène comme si cette énergie déployée par la lumière, allait produire quelque chose. Ne surtout pas l’interrompre.

A travers ces diverses expérimentations, la découverte et le jeu sont en constante progression. Nous nous interrogeons sur les différents phénomènes qui nous sont exposés. Le plus marquant et le plus étrange est celui présenté par la Camera Lucida : la sonoluminescence. Lorsqu’une onde sonore suffisante entre en contact avec une cavité gazeuse dans un liquide, une lumière se produit. Le phénomène reste sans réponses, que des théories. Ainsi, l’ensemble de cette exposition nous questionne sur sa fonction même.                                                                                                                                                                                EXIT est une exposition qui me donne une nouvelle vision de l’Art Contemporain, une autre direction. Le public sort enfin d’un mutisme face à des objets, qui ne peuvent susciter que la contemplation passive, ou une réflexion interne. La communication entre artiste et spectateur est finalement possible. EXIT me communique une dimension nouvelle de l’Art, celle d’une possibilité de partage et d’implication. Le spectateur devient acteur.

http://www.maccreteil.com/exit2008/