Louise Bourgeois

louise_bourgeois_2

Au centre pompidou, est exposé actuellement et jusqu’au 2 Juin 2008, Louise Bourgeois.

Dans la première salle sont exposées des peintures ou le corps et l’architecture sont associés pour former des êtres hybrides à la fois femme et habitat. Le thème de la « femme maison », de l’être hybride et de l’objet polymorphe se trouvent être des thèmes au cœur de l’exposition et de l’œuvre même de l’artiste. La sculpture est tout d’abord influencée par le primitivisme. Des objets informes se dressent les uns contre les autres, tantôt taillés dans le bois, tantôt construits par accumulation d’objets. Les formes épurées, droites, serrées entre elles semblent évoquer la foule par leur multiplicité et leur diversité. Le primitivisme s’exprime dans les matériaux et les couleurs (noir, tâches noires sur ocre, bois…).

Puis, les formes changent. Les sculptures des années 1960 sont plus violentes, repoussantes, dérangeantes. Ce sont alors des matériaux souples, liquides, malléables comme le latex et le plâtre qui sont utilisés pour donner forme à des spirales, des nids, des trous.

Nous quittons alors le primitivisme pour s’enfoncer dans le vivant, le remuant, l’organique. Une des sculptures est nichée dans un espace éclairée en rouge vif. Des sortes de bulbes, de protubérances épidermiques en latex semblent s’extraire du sol et du plafond. Des os sont éparpillés parmi elles. Nous sommes face à une intériorité organique angoissante.

_42408522_louise_father416

Cette œuvre ouvre les portes de la seconde série des années soixante. Dans le latex toujours, sont sculptées des excroissances sphériques, ovoïdes qui évoquent à la fois mamelles et phallus. Malgré la forte connotation sexuelle, l’artiste parle alors de paysage et fait référence aux nuages en appelant ces œuvres les « cumuls ». Le spectateur est lui-même surpris par leur ambiguïté. A la fois tout à fait conscient du caractère sexuel de ce spectacle, mais aussi attiré par les formes, les textures, les volumes infantilisants, qui décrivent la douceur et le confort. Ainsi, toute l’ambiguïté de la relation au  corps est mêlée aux matériaux de ces sculptures.

337546791013790

Puis viennent, les « cells ». Cette série d’espaces recréés par l’artiste dans les années 1990 évoquent de nouveau l’architecture et la maison où tout s’organise. Ce sont des lieux clos, cernés par des grillages où le spectateur ne peut pénétrer. On circule alors autour de ces pièces, de ces chambres maudites, toutefois sans jamais trop s’en approcher. Elles sont gardés par les pattes d’une araignée gigantesque, le « spider », figure de la maternité. Les sièges, les tables et les meubles présents témoignent d’un lieu de vie abandonné.

_42408518_louise_spider416

"l'amie(l'araignée, pourquoi l'araignée?) Parceque ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intélligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée." Louise Bourgeois

La mémoire de l’artiste s’incarne dans deux autres espaces :  Red Room (child) et Red Room (parents). Ce sont ces deux œuvres qui ont attirés le plus mon attention : de simples portes en bois ferment l’espace au regard du spectateur. Pourtant l’intérieur des chambres se dévoile à nous, notre regard s’infiltre dans chacun des espaces libres que laissent les portes en bois. Les coups d’œil jetés au travers de ces interstices nous infantilisent et nous dérangent comme si nous nous immiscions dans un lieu interdit.

LouiseBourgeois

Dans sa dernière période de création, Louise bourgeois utilise le tissu. Matériau souple et léger qui évoque alors le travail de la mère, de la « femme maison ».  Le sexe, le cycle de la vie et de la mort sont les thèmes principaux de cette série d’œuvre. L’accouchement est représenté dans le tissu qui, par sa souplesse donne vie à l’informe et à la souffrance.

louise350

Pour conclure, l’œuvre de louise Bourgeois contraint sans cesse le spectateur à se placer dans des situations inconfortables. En visitant ainsi une intériorité organique dans son œuvre, elle nous met continuellement face à notre dualisme intérieur, et c’est la tout son intérêt.